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Réaction à l'expulsion d'un lycéen vers le Maroc

Lettre ouverte de Nicole ESCHMANN, vice-présidente du Conseil régional en charge des Lycées au Préfet de Saône et Loire.

Au premier jour des vacances scolaires, ce samedi 23 octobre, vous avez choisi d’expulser Almedhi JABIR, lycéen mâconnais en 2ème année de bac professionnel au lycée Dumaine . La police, munie d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière délivré jeudi 21 par la préfecture de Saône-et-Loire est venue le chercher chez lui, sans lui laisser le temps de réunir ses affaires. C’est une militante RESF, alertée, qui a accompagné au poste de police la famille d’Almedhi pour lui remettre sa valise.

Almedhi était scolarisé et résidait en France depuis 2007 chez sa mère adoptive, française. Il a eu jusqu’en août 2010 des autorisations successives de séjour. On lui a même délivré une carte d’identité française qui lui a ensuite été retirée. Dès ses 18 ans, on lui a attribué une obligation de quitter le territoire en juin 2010.
Aujourd’hui, il se retrouve mineur au Maroc, incapable de faire seul les démarches nécessaires à son retour auprès de sa mère adoptive, de sa famille et de ses amis.

Monsieur le Préfet, était-il nécessaire de briser cet enfant et cette famille ?
Certes, vous n’êtes pas le premier à le faire : le préfet de Guadeloupe n’a pas hésité en avril 2010 à renvoyer une enfant de 14 ans, seule, dans un Haïti dévasté, alors qu’elle était simplement en transit en Guadeloupe pour rejoindre ses deux parents, vivant et travaillant régulièrement en France.
Et vous n’êtes pas le plus zélé : le préfet Michel Bart, directeur du cabinet de Brice Hortefeux, le 5 août 2010, a apposé sa signature sur un projet de circulaire ouvertement discriminatoire à l’égard des Roms, dans la rédaction duquel il avait préalablement impliqué les services du ministère de l’intérieur. Il est aujourd’hui assigné en justice pour incitation à la haine raciale.

Certes, vous n’avez pas enfreint la loi, vous n’avez fait que l’appliquer.

Pour nous, militants des droits de l’homme, républicains, associatifs, attachés aux valeurs d’accueil, de fraternité et de solidarité, nous pensons que le devoir imprescriptible des vrais républicains, est de rappeler que lorsque la loi est injuste et discriminante, il faut se battre pour la changer. Et dans la période trouble intermédiaire, avoir le courage d’éviter de faire du zèle. RESF71 vous avait demandé la semaine précédente une audience que vous ne leur avez pas accordée : le cas Almedhi pouvait se régulariser sur place, comme de nombreux cas auparavant. Malheureusement pour Almedhi, une grève des lycéens est passée par là.
Nous pensons que votre devoir d’obéissance ne vous exonère pas de toute responsabilité envers l’adolescent Almedhi, déjà brisé par deux jours d’enfermement au Centre de Rétention de Saint-Exupéry et terrorisé à l’idée d’être emprisonné dès son arrivée au Maroc, comme le stipulent les accords franco-marocains lors de reconduites d’irréguliers à la frontière.
Par cette expulsion express, vous avez unilatéralement entaché le dialogue qui s’était établi depuis plusieurs années entre la préfecture et l’ensemble des associations, syndicats et partis, membres de RESF71. Nous en prenons acte avec consternation.

En tant que Vice-présidente chargée des lycées, d’un Conseil régional qui a formé le vœu de défendre l’éducation pour tous et en particulier des lycéens scolarisés sans-papiers, je vous serai reconnaissante de me tenir informée à temps de tous les lycéens du département touchés par la politique du gouvernement.

Dans cette attente, veuillez recevoir, Monsieur le Préfet, mes meilleures salutations.

Nicole ESCHMANN